Analyse : Doomsday Book / Inryu myeongmang bogoseo (인류멸망보고)

Depuis le temps que j'ai envie de parler de ce film, je profite du fait que la fin du monde du 21 décembre soit morte et enterrée pour la faire surgir à nouveau de sa tombe, mais cette fois avec un accent plus asiatique de sud-américain. En effet, Kim Jee-Woon et Yim Pil-Sung - deux réalisateurs coréens - ont collaboré pour nous offrir un très joli film à sketches, dont je vais vous parler tout de suite !


Version anglaise de l'affiche


Zombie lovers


Point culture avant de commencer : le titre du film peut être traduit en français par "Domesday Book", plus communément connu sous le nom du "Jugement Dernier". En effet, la thématique des trois courts métrages que nous présente ce film est la même, il s'agit bien entendu de la fin du monde. Plutôt que de débattre longuement de la véracité des propos tenus concernant le 21 décembre 2012, je vous propose une petite analyse de chacune des parties du film.

Le métro aux heures de pointe, ça craint un peu
Commençons donc logiquement par le tout premier, qui n'est pas sans rappeler un certain film de Danny Boyle - la gente féminine s'en souviendra entres autres pour un Cillian Murphy en tenue plus que légère - appelé 28 jours plus tard. Si ce dernier traitait de la violence de l'Homme, seul animal capable d'être assez barbare tout en ayant l'intelligence pour justifier ses actes, on y retrouve la même thématique de crainte d'un virus que dans la première partie de Doomsday Book.

Cette première partie intitulée Brave New World /  Mutjin Sinsegye (멋진 신세계) fait clairement allusion à la maladie de la vache folle - ou encéphalopathie spongiforme bovine pour les puristes - qui a fait trembler plus d'une personne à une époque pas si lointaine.  La peur d'une maladie infectieuse que l'on pourrait retrouver dans un objet de tous les jours, et qui transformerai notre monde est quelque chose de puissant est très bien mise en parallèle avec une critique de la société d'un cynisme certain. Avec le choix d'un héros cliché mais peu attachant, le tout couplé à une histoire d'amour qui n'est pas ennuyeuse le moins du monde, Yim Pil-Sung nous sert un film d'infectés qui sait  faire de jolis clins d'oeil à ses prédecesseurs tout en proposant un contenu novateur.
Malgré une fin un poil prévisible, les amateurs d'humains avides de chair fraîche qui courent plus vite que vous peuvent passer leur chemin, ici la poésie est de mise avec une histoire forte en émotions - et un petit peu en hémoglobine, certes - qui saura ravir les amateurs de cinéma fantastique.


Domo aligato mister robotto


Passons maintenant à un registre plus polémique : l'humanisation des robots. Pour ceux qui ont vu des films comme I, Robot ou A.I. Intelligence Artificielle, ou bien qui ont pris la peine de lire les livres d'Isaac Asimov, vous n'êtes pas sans savoir qu'un robot ne peut techniquement pas blesser un être humain, mais surtout n'est pas capable d'introspection. Et bien le deuxième segment, intitulé sobrement Heavenly Creature /  Chunsangui Pijomul (천상의 피조물), nous montre que tout est relatif.

Buddha, buddha-ha-ha...

Ici, le modèle de robot RU4 pense non seulement par lui-même, mais certains personnes pensent qu'il s'est éveillé et qu'il est par voie de conséquence le nouveau Buddha. Au réparateur Park Doo-won- joué par Kim Kang-Woo - de vérifier cet état de fait et, si les faits sont avérés, de débrancher ledit robot. Une fois de plus, le propos classique de base et dépassé et Kim Jee-Won nous offre là une histoire mêlant technologie et spiritualité, en tentant de nous mettre face à notre propre conception de cette même humanité.
En effet, si un robot peut se déclarer comme étant le successeur spirituel de Bouddha, qu'en est il de la différence entre l'homme et la machine ? C'est sur ce point intéressant que le réalisateur nous invite à réfléchir, notamment lors d'échanges entre le robot et les autres personnages. Chaque personne disposant d'un point de vue bien distinct appuyé par un jeu d'acteurs plus que correct, on se prend vite à pencher en faveur de l'un ou de l'autre.

Sans être téléphonée, la fin réservera une bonne surprise aux spectateurs, avec une chute qui pourrait en inciter plus d'un à revoir ce sketch.


Une histoire de boules


Le troisième et dernier segment, intitulé Happy Birthday / (해피 버스데이) nous invite à voir la chute d'une météorite géante sous un autre angle...

Une petite fille détériore un jour la boule de billard de son père, la numéro 8. Afin d'éviter une sacrée brassée, elle tente d'en commande une autre sur un site plutôt étrange et se débarrasse de celle qu'elle a abîmée. Petit souci : la boule qu'elle a commandé ne sera pas livrée par La Poste et fait la taille de la Lune - si ce n'est plus. Forcément, quand on envoie un objet de cette circonférence sur Terre, rien de bon ne peut arriver.

Je vous laisse le soin de découvrir le sens de ce titre en regardant Doomsday Book, au risque d'en dire un peu trop.
Le JT de l'apocalypse, tous les soirs sur vos écrans

La réflexion sur notre comportement à la vue d'une destruction totale de notre monde est au centre de ce film, la boule servant plus de justificatif surréaliste à cette fin inéluctable. Nous suivons donc la famille de la petite fille terrée dans un bunker improvisé, leur seul contact avec le monde extérieur étant la télévision ainsi qu'internet. Le décalage entre la gravité de la situation et les réactions totalement inattendues des journalistes prêtent souvent à rire de bon coeur, même si le réalisateur sait nous rappeler - via les discussions familiales - que tout le monde risque d'y passer. 
En effet, du début à la fin, rien ne nous prouve que les bunker et autres abris de fortune suffiront, et certains passages savent faire nous faire hésiter sur le destin hasardeux de nos héros. 
En mélangeant savamment l'humour et le sérieux, Yim Pil-Sung nous amène à réfléchir sur ce que nous ferions dans un tel cas, sans forcément imposer son point de vue. Sans être réellement novateur de ce côté ci, la façon de traiter le sujet sous deux angles opposés permet au spectateur de ne pas s'ennuyer et, surtout, de ne pas avoir une impression de déjà-vu.


Ce Doomsday Book est donc un bon film, et on comprend rapidement pourquoi il a pu faire autant d'impressions lors du PIFFF et du NIFFF, surtout après avoir subit un développement de cinq longues années. Une arlésienne qui vaut largement le coup, à voir seul ou en famille - ou avec votre robot si vous en avez un.







Doomsday Book / Inryu myeongmang bogoseo
  • Année : 2012 - Pas encore sorti en France
  • Durée : 1 h 55 min
  • Réalisé par : Yom Pil-Sung et Kim Jee-Woon
  • Genre : Fantastique, horreur
  • Acteurs principaux : Joon Ho-Bong, Jin Ji-Hee, Jim D. Kim


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